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Le téléphone en France

jeudi 22 septembre 2011 par Laurent SENEZ

Les débuts difficiles

Téléphone Bell

L’histoire des téléphones commence en 1876 avec le premier système de communication électrique. Si le principe nous semble simple aujourd’hui, il constitue une évolution majeure, à l’époque du règne du télégraphe de Chappe et du courrier postal. L’histoire des téléphones en France suit une évolution de loin moins rapide qu’outre atlantique : le gouvernement s’appuie sur son réseau très bien implanté de télégraphie optique, négligeant ces nouveaux venus que sont le téléphone et le télégraphe électrique de Samuel Morse. La France accumule un retard important jusqu’aux années 1970, époque de la grande démocratisation du téléphone. Ce retard explique la relative rareté des téléphones anciens en France, contrairement aux Etats Unis où la production en grande quantité a démarré très tôt.

Ecouteur D’Arsonval, 1890

La technologie française

Cette réticence de l’état français n’empêche pas les inventeurs nationaux de se livrer à toute sorte d’améliorations du système. On remarque les travaux d’Ader, l’aviateur, pour son microphone à charbon, d’Arsonval, pour son récepteur électromagnétique plus sensible que les modèles traditionnels. Malgré ces quelques exeptions, la technologie est en retard et l’idée du téléphone "automatique" est une invention américaine de la fin du XIXeme siècle. Elle ne traverse l’atlantique qu’en 1912. La France l’expérimente un an plus tard à l’échelle d’une ville. C’est pour cette raison qu’on ne trouve pas de téléphones à cadran français avant 1913.

La vie des centraux téléphoniques

Opératrice en 1890

En attendant l’installation de l’automatique sur l’ensemble du territoire (qui n’est effective qu’à la fin des années 1970...), les centraux téléphoniques hébergent un personnel nombreux et qualifié. Les plus célèbres figures de ce microcosme sont les demoiselles du téléphones, ainsi appelées parce que cette catégorie de personnel était recrutée exclusivement parmi des jeunes fille célibataires, dont l’éducation et la morale sont irréprochables. Elles perdaient généralement leur emploi lorsqu’elles se mariaient... Ces demoiselles sont aussi des cibles parfaites pour les clients mécontents du service. On leur reproche leur mauvaise humeur, la lenteur de l’établissement des communication,... Dans le contexte du début du siècle, les abonnés sont surtout des gens fortunés qui ne supportent pas que le "petit personnel" ai autant d’influence sur leur affaires. Pourtant, des concours d’efficacité sont organisés pour améliorer la qualité du service : on met en compétition des opératrices pour assurer le maximum de connexions à l’heure. Les records sont de l’ordre de 400 connexions / heure, qui correspond à une communication toute les dix secondes...

Le travail des opératrices consiste à recevoir chaque appel d’un abonné faisant partie de son secteur, à lui demander le correspondant voulu, et à le mettre en relation avec son correspondant. L’opération se résume ainsi :
- l’abonné décroche son téléphone et tourne la manivelle.
- l’opératrice voit le volet d’appel de l’abonné "chuter".
- elle branche son casque sur le circuit de l’abonné, demande le numéro du correspondant.
- S’il s’agit d’un abonné de son secteur, elle appelle directement ce correspondant, et met les deux abonnés en relation en branchant les deux fiches Jack d’un "dicorde’
- S’il s’agit d’un abonné d’un autre secteur, ou d’un autre central, elle appelle l’opératrice correspondant à ce central et lui transmet la demande. Elle relie alors l’appelant sur un circuit auxiliaire (le multiple) qui le renvoie vers la nouvelle opératrice, qui se charge du reste de l’opération.

Le fait que chaque opératrice ait un secteur géographique attribué fait naître des complicités avec les abonnés. C’est pourquoi l’administration modifie l’attribution des secteur régulièrement.

La fin du téléphone manuel

Sélecteur Siemens,1912

Elle intervient à la fin des années 1970. La France décide au début 1970 d’étendre les capacités de son réseau. Des innovations technologiques font leur apparition comme la commutation électronique temporelle. Les anciens centraux automatiques étaient basés sur deux principes :
- le système électromécanique Rotary
- le système électromécanique CrossBar Ces deux systèmes sont efficaces, mais terriblement fragiles. Ils nécessitent un entretien régulier (réglages de précision des relais) fait par un personnel qualifié. Les pannes sont nombreuses, et le coût d’exploitation élevé. Le commutateur électronique supprime ces inconvénients, en améliorant les temps d’acheminement de l’appel. Le premier central électronique est le E1. Il ne sera détrôné qu’avec l’arrivée du réseau intégralement numérique, le RNIS. Le dernier système électromécanique français (un crossbar Pentaconta) est remplacé en 1994.

Des chiffres, et des lettres...

Cadran de numérotation

Les premières applications du téléphone sont vouées aux communications essentiellement locales, ou dans un groupe restreint d’utilisateurs. Un opérateur, ce sont alors des hommes, établit les connexions manuellement entre les divers abonnés. Et comme ceux-ci ne sont pas nombreux, il les connaît tous. Lorsque l’état décide d’implanter les premiers réseaux à vocation "grand public", il devient nécessaire de codifier les utilisateurs, c’est à dire de leur attribuer une "adresse" téléphonique. La plus simple codification est de donner un numéro par l’ordre chronologique de demande d’abonnement. Et c’est la méthode qui sera adoptée. En outre, comme le nombre d’abonnés croît, on installe de nouveaux centraux. Les abonnés sont alors reconnus par un numéro au sein d’un central. Par exemple, si M. Dupont est le 273 ième abonné du central Opéra à Paris, on le joint en demandant " Opéra 273 ".

L’automatique arrive en France en 1912. Le problème est alors d’établir une transition entre l’existant et le futur : comment conserver un codage qui fait appel à des chiffres et des lettres, en ayant à sa disposition un cadran qui ne connaît que 10 combinaisons ?

La solution adoptée est d’attribuer à ces dix combinaisons les dix chiffres, et les 26 lettres par recouvrement.. Ainsi, la deuxième position du cadran correspond au chiffre 2 et aux lettres A-B-C, la troisième au chiffre 3 et aux lettres D-E-F, et ainsi de suite. Les lettres O et Q sont associées au chiffre 0 en raison de leur ressemblance. Désormais, pour joindre M. Dupont, on prend les 3 premières lettres de son central de rattachement (Opéra, O-P-E) auxquelles on ajoute son numéro (273). Et sa nouvelle adresse d’abonné devient O-P-E-2-7-3, c’est à dire 073-273.

Voir Guide du Téléphone pour Paris [1] et Guide du Téléphone pour Paris [2] : Reproduction du calendrier des postes de 1970.

Dans "La téléphonie automatique" par H. Milon (1914), l’auteur s’interroge sur la capacité des usagers à mémoriser et composer des séquences de 6 chiffres. Comment faire admettre aux abonnés qu’ils doivent désormais composer le numéro, alors qu’il suffisait simplement de le " demander " auparavant...

Le plan de numérotation sera changé plusieurs fois. De 5 ou 6 chiffres, il passera à 8 en Octobre 1985 à 23h, alors que la France compte 23 millions d’abonnés. La date et l’heure de transition n’ont pas été choisies au hasard : c’est précisément à cet instant que le réseau est le moins chargé. Une campagne d’information nationale est lancée afin de préserver un usage restreint du réseau et pour préparer les usagers aux deux chiffres supplémentaires. A noter que lors de ce changement, tous les numéros sont modifiés (on n’hérite plus des anciens chiffres du numéro de téléphone précédent). La deuxième transition a lieu en Octobre 1995, avec beaucoup moins de retentissement. Le changement est alors plus modéré puisqu’on ajoute ’simplement’ deux chiffres devant le numéro précédent, portant ce dernier à 10. Cette évolution prépare l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le réseau fixe.

Référence bibliographique :

- V. Lomba, Dec 1998, Aout 2007,Le téléphone en France


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